Écoutez-moi aussi : Ce n’est pas de ma faute

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By Chinwendu Nwanga

01/05/2019

Lorsqu’il s’agit des femmes, on a tendance à brouiller les lignes du consentement et à agir comme si la femme n’avait aucun droit sur son corps. Les choses ne devraient pas être ainsi.

Un pays sur trois dans le monde ne dispose pas d’une législation en vigueur qui protège les femmes des violences sexuelles dans le foyer ou perpétrées par un membre de la famille ou un partenaire intime. Et pourtant la violence sexiste prive systématiquement la femme de son droit à la sécurité, au bien-être physique et affectif, et à l’autonomie corporelle.

Cette année, MTV Shuga partage les histoires de femmes à travers le monde qui ont subi des violences sexistes, dans le but de mettre en lumière cette thématique et briser la culture du silence qui l’entoure. Inspirée par la campagne « 16 jours d’activisme contre la violence de genre », Chinwendu Nwanga a partagé son histoire à elle avec nous et nous a autorisé à la publier en ligne.

 

**Attention, cet article comporte des contenus sensibles liés aux abus sexuels**

Je m’appelle Chinwendu Nwanga et j’ai commencé à prendre de l’âge à 8 ans, car sous ces cieux, l’unité de mesure du vieillissement c’est la capacité à survivre au traumatisme.

Mon père venait à peine de mourir que mon cousin âgé de 21 ans a commencé à me violer. J’avais alors 8 ans. Il m’a menacé de mort si jamais j’en parlais à quiconque et par la suite il m’a dit que j’étais restée trop longtemps silencieuse à tel point que si j’en parlais maintenant, on ne me croirait pas ou à défaut on m’accuserait de l’avoir voulu et même de m’y plaire.

Ma mère n’était presque jamais à la maison parce qu’elle travaillait ; il avait donc tout le temps pour faire ce qu’il voulait. Il me violait au moins une fois chaque jour (sauf lorsque je partais en voyage chez mes grands-parents ou allais habiter chez un ami de la famille pendant les vacances), et ce pendant 5 années.

Et puis je suis tombée enceinte à l’âge de 13 ans. J’ai dû dire à ma mère qui en était le responsable. Celle-ci a organisé une réunion entre lui, un autre cousin, elle-même et moi. Elle lui a demandé si c’était vrai et celui-ci lui a rétorqué que j’étais une traînée qui couchait avec tout le monde. Il a essayé de me couvrir de honte.

Heureusement, j’ai pu me faire avorter en toute sécurité (ma famille a des entrées dans une clinique privée). Mais tout ne s’arrête pas là. Mon cousin a continué de vivre chez nous jusqu’à ce que je parte du Nigeria des années plus tard pour aller poursuivre mes études universitaires.

Pendant une bonne partie de mon adolescence, je me suis culpabilisée. Je me disais qu’il devrait y avoir quelque chose en moi qui le désirait. C’était facile, vu que presque tout le monde qui en avait entendu parler trouvait le moyen de me rejeter la faute et jamais à mon bourreau. J’étais une victime stigmatisée à la fois directement et indirectement.

Il a fallu que je me répète pendant des années que ça n’a jamais été de ma faute et que je vivais dans un monde qui tend à mépriser les femmes et à leur imputer tous les délits commis par les hommes et la société à leur égard. Il m’a fallu des années pour en arriver à raconter mon histoire sans sentir de la peine.

Chose curieuse, la perception de beaucoup de personnes n’a pas vraiment évolué. Pas plus tard qu’en 2016, un soi-disant petit ami m’a demandé si j’éprouvais du plaisir en faisant l’amour avec mon cousin quand j’étais enfant ; me voyant offusquée, il a prétendu que c’était pour rire. Au Nigeria, certaines personnes ne se gênent pas à faire du viol un sujet de plaisanterie même en présence de victimes et s’étonnent ou s’offusquent lorsque celles-ci réagissent.

Lorsqu’il s’agit des femmes, on a tendance à brouiller les lignes du consentement et à agir comme si la femme n’avait aucun droit sur son corps. Les choses ne devraient pas être ainsi.

Les familles doivent arrêter d’encourager le viol par leur silence coupable. Refuser d’en parler encourage les violeurs à continuer. Lorsque j’ai commencé à raconter que j’avais été violée par mon cousin, beaucoup de gens ont tenté de me faire taire. Ils m’ont dit que je devrais avoir honte d’en parler, mais je me demande pourquoi les femmes doivent avoir honte d’un crime qui a été commis sur leur personne. Pourquoi notre société donne-t-elle plus de pouvoir aux criminels ?

Je suis impatiente de vivre dans un monde où les gens cessent d’encourager le viol, où la justice règne, où la culture du silence a disparu et où le viol n’existe plus.

Chinwendu Nwangwa est experte en stratégie de contenu et fondatrice de Wakaabout, une marque de voyage et de bien-être.


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